
C’est au générique de fin que je me suis aperçu que pas une seule seconde dans le film il n’y avait eu de musique. Que même, ça aurait été superflu, tellement « la musique » des bruits de la ville, du silence et de la peur ont largement occupé l’espace sonore. Quel film que cette histoire de Souleymane ! Quelle puissance du cinéma quand il est ainsi politique, et qu’il ne tombe dans aucun des travers que le sujet aurait pu générer. Le racisme, la critique acerbe d’un capitalisme déluré, l’administration bashing.
Un film dont je me dis qu’il manquera furieusement à toutes celles et ceux qui ne l’auront pas vu, par choix, par peur de voir vaciller quelques unes de leurs opinions, par esprit borné qui ne supporte pas la contradiction.
Car on voit bien la France d’aujourd’hui, dans ce film, et le monde d’aujourd’hui. L’argent à la fois nerf de la guerre et guerre des nerfs. Son manque, son profit, son alibi, son excuse. L’argent qui sert à tout. A s’acheter des victuailles, à s’acheter des vies, à s’acheter des échecs.
On voit bien, aussi, la dérive et la déshumanisation d’un système où l’on accepte tout sur la base de codes à 4 chiffres et de notifications. Ecouteurs vissés sur les oreilles. Sauf quand à la fin, il s’agit de sortir des discours appris pour dire la vérité, sa vérité, laisser éclater les mots du coeur, dans des tremblements de stupeur.
Oui, quel film l’histoire vraie de Souleymane et de tous les Souleymane. Je n’ai pas fini d’être remué. Et je suis encore moins prêt à avoir recours aux « services » de Uber et compagnie.