Retour de Bleu

Et donc, enfin, reprendre la plume là où elle a été laissée.
Une fine lame dont il convient d’abord et tranquillement de retrouver l’usage. C’est comme un vélo rouillé qui n’a pas dit son dernier mot.
Retour des premiers pas. Des premières phrases. Le cul entre deux, voire trois chaises : tant et si peu à dire, finalement. Mais il est bon de s’aventurer à nouveau.
Là, tout de suite maintenant, c’est à mon père que je pense.
Il s’en est allé il y a quelques années maintenant. Il demeure sous une dalle grise, au milieu des siens disait-il.
Important ce mot : il repose. [Pour lui] Il était temps ! Qu’il (se) repose. Pour nous aussi : c’est dur la fin de vie. La fin d’une vie. Je le revois au moment de partir de la maison « pour définitivement », la regarder cette maison, assis dans la voiture, la scruter comme on scotche sa mémoire, la contempler même, la scruter, et dire simplement : 44 ans, c’est pas mal !
44 ans de vie « ici ». Sur un total de 87. 44 ans « ici » !
Il fait partie de ces personnes dont je me demande si s’en allant, elles ont trouvé une forme de paix. Quittant alors ce que peut aussi être une existence : une guerre sans merci(s). Une guerre de tous les instants. Une guerre sans paix.
Il est parti un peu après son épouse, ma mère, qui elle avait jeté l’éponge six mois plus tôt.
Il a choisi la terre et elle la rivière.
Un de mes frères a eu cette jolie phrase quand elle s’est mise à voguer sur l’eau avec l’hésitation des peu habitués : direction l’océan ! Direction la mer !
La poésie est comme le Bleu : il y en a toujours quelque part.


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