Parfois, on ne s’y attend pas une seule seconde.
Voilà que des mots se mêlent et jamais je n’aurais pensé qu’ils puissent un jour se faufiler ensemble. Dans le même instant, je veux dire.
Ce vendredi fait partie de ces journées, de ces moments, où, donc, s’associent neige et rage dans une même pensée.
J’étais en train d’admirer depuis ma fenêtre la poudreuse qui s’est déposée dans la nuit, touché par cette blancheur unanime, ces rayons de soleil, ce grand coup de blanc sur l’environnement déposé, tout en ayant le poing serré, la mâchoire crispée à la pensée du combat que mène à ce même instant une mienne connaissance. La beauté voisinant avec une colère. Puissance et impuissance comme les deux faces d’une seule et même pièce. La grande pièce de la vie. La petite pièce, en l’espèce : on est sur de la petite monnaie, loin des milliardaires qui se vautrent dans leurs édredons aux lames acérées.
L’ami, ce n’est pas un combat contre une maladie, qu’il mène. Ni un combat contre quoi que ce soit d’ailleurs. C’est tout l’inverse : c’est un combat pour vivre, justement. Pour vivre dignement, même. Avec le cran des « gens de peu », ces femmes et ces hommes – nous en connaissons tous, vous en connaissez c’est certain – qui chaque jour se cognent une vie qui n’est pas encore un destin.
Lui, il n’est pas loin du surendettement. Il a choisi de construire sa maison. Il s’y démène depuis deux ans.
Son combat se mène dans une société où cela peut très vite être compliqué pour ne pas dire obscène de prétendre faire cela : (vivre) avec du cœur à l’ouvrage, de la loyauté, de l’honnêteté.
Pourtant, et cela fait plusieurs mois que lui et moi en parlons, l’étau se ressert. La poigne titille la glotte. Lentement. Comme des pas dans la nuit qui vous rapprocheraient d’un jour noir. Le tunnel approche. Le couloir est proche. Il ne l’attend pas. Il le redoute. Mais il continue d’y croire, d’avancer.
Alors la vue de la neige et de l’immense, la vue blanche de la nature recouverte vient contraster avec la gadoue d’une société qui laisse quand même peu d’espace à d’autres normes que la sienne. J’entends les corbeaux au loin commenter des gens comme lui, rictus méprisant, binaires et cons à la fois.
Il y a un an, il disait, l’ami, ce qui me pend au nez, c’est dans un an. Il y a six mois il disait dans six mois. Maintenant c’est dans quelques semaines.
Et voilà qu’à sa rage s’ajoute la mienne pendant que je regarde la nature sereine. En fait non : ma rage s’ajoute à la sienne est plus précis, plus exact. IL y a quelque chose d’injuste dans tout cela que seul un poing serré dans une poche peut atténuer pendant que le regard se pose sur des collines dociles. De la neige. De la rage. La poésie a aussi la dent dure.
La neige, la rage, le courage (DES OISEAUX)
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