La beauté à tous les etages

J’ai pris ce week-end là, ça aurait pu en être un autre. J’ai choisi ce week-end là parce que, je m’en rends compte après coup, tout a célébré la beauté. Et nous avons besoin de beauté en ces temps sombres où beaucoup semble se déliter, ou trop se délite en même temps, ça semble partir dans tous les sens, sortir de tous les côtés. La beauté rassemble. Et quand à la beauté, d’une musique, d’une voix, d’un musicien qui ferme les yeux, s’ajoutent la beauté d’un plat, d’un sourire, d’une œuvre, d’un paysage, d’un souffle de givre. Et qu’à ses beautés s’ajoutent un très juste sentiment de qualité, qualité d’un instant, frisson d’une sonorité, sensualité d’une forme gravée dans le verre, voilà que les femmes et les hommes reprennent leur réelle dimension, voilà qu’à l’obscur succède des couleurs, voilà qu’au lisse et au plat s’invitent au festin des reliefs et des formes, des courbes et des épaisseurs.
Ce week-end-là, donc, il y avait tout cela : un concert de Orange Blossom, et la divine présence de ses hommes entourant la femme qui chante ; ce n’est alors plus une syrienne réfugiée mais un être vibrant qui montre la voie , parfumée de sonorités et de rythmiques trépidantes et parfois si douces, si douces et parfois tellement trépidantes. Il n’y a plus de religions, plus de frontières : des femmes, des hommes qui partagent un moment universel. La beauté à tous les étages.
Il y avait aussi un voyage fascinant dans les vertiges chamarrés de l’artisanat d’art, de l’art du feu, de l’art verrier. Ce n’est alors plus une pâte cuite dans le four mais une matière mouvante et magique, qui emprunte tout à la fois au quotidien et au céleste. Là non plus on n’ose pas toucher. Mais là aussi on écarquille le regard face à tant de dextérité et de finesse, de sensibilité et de savoir-faire, avec une Histoire en plus, des histoires en prime, qu’on ferme aussi les yeux pour s’imprégner. La beauté à tous les étages.
Il y a le paysage, l’environnement, ces lueurs du soir puisque le soleil se couche tôt, et ces réveils dans un blanc de glace qu’un ciel bleu et parfois un soleil orangé viennent souligner comme si en écho à la chanteuse, aux musiciens, aux artistes verriers, la nature elle-même voulait prendre sa part du festin, à quelques encablures des fêtes de fin d’année. En mode vibrant. OU en mode se souvenant, plus loin, là-bas, entre sapins et petits cours d’eaux au bord desquels des usines se sont installées avant de s’en aller. Il en reste des bribes, des pierres. La beauté à tous les étages.
Il y a enfin cet homme, et son épouse, qui se sont posés-là pour enrichir les papilles, après avoir parcouru le monde et quelques unes de ses contrées. Lui revenant au pays natal, ne s’attendant pas à ce que le laid souffle sur le feu, serrant les pognes et arrachant à pleines dents la beauté des lambeaux, déchiquetant la tristesse et l’amertume pour y puiser des larmes de force, des gouttes de sueur, un homme de goût, dont la sensibilité n’a pas vacillé parce que chez quelques unes et quelques uns, la beauté demeure. A tous les étages.

#musique #Orange Blossom #Meisenthal #Lalique #Abreschwiller #Boudin


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