L’artillerie industrielle est passée, et puis elle a déguerpi. Elle a tout laissé. Et beaucoup pris.
J’ai arpenté. Des coins de France. Une partie de ce que les cravates nomment la diagonale du vide, comme si l’on pouvait, juste tirer des traits. Une France délaissée. Ignorée. Des pans entiers de territoires. Où la vie se poursuit. Plutôt rude à ce que j’en ai vu. Plutôt tant bien que mal, à ce qu’on m’a dit.
J’ai vu, des visages ridés et des dos courbés, des cheminées éteintes et d’autres crachant fumée dans les nuages bas ; j’ai vu, des enfants, des femmes et des hommes, des écoles et des cafés, des épiceries fermées et des supermarchés emplis ; j’ai vu, partout, des patrimoines préservés, vantés, venteux. J’ai même vu, des endroits où des panneaux disaient attention, maison piégée, pendant qu’ailleurs, un écriteau disait, pêche autorisée. Des endroits. Des envers. J’ai sillonné, des routes et des chemins bosselés. J’ai regardé. J’ai ressenti. J’ai aimé. Connecté ici. Déconnecté là. Les rides ne sont pas là où on le croit. J’ai aimé. Cette ruralité. Je ne l’ai pas tout à fait reconnue. Mais elle reste debout pendant que tout semble s’écrouler. Elle aussi bouffe des cicatrices et mange des balafres. Elle courbe l’échine. Comme tout le monde, comme toujours, sous les nuages bas, de février. Toitures usées par les vents qui laissent des arbres percer la tuile. Mousses verdoyantes qui mangent les pierres ou plutôt, se reposent dessus. Je n’ai pas aimé, ces territoires oubliés, délaissés, sur le côté. Je n’ai pas aimé percevoir derrière le trait diagonal les vestiges de la condescendance.